POUR JACKI MARECHAL
&&&
Jacki Maréchal est un homme libre ; toute sa peinture est un hymne à la liberté ; pas seulement la sienne, qu’il exprime sans fard et avec un grand naturel, mais la nôtre, à nous les « regardeurs », comme disait Braque lorsqu’il affirmait que ce sont eux, selon lui, qui « font les tableaux ». Façon de parler, bien sûr, car nous sommes bien en peine, devant une cimaise vide ou une toile vierge, d’imaginer quoi que ce soit ; il faut qu’un créateur, un artiste prenne le risque de nous montrer quelque chose, de nous dire, par des images, ce qu’il a à nous confier. Il lui faut s’exposer, dans tous les sens du terme ; mais ce qu’il expose, il ne fait en réalité que nous le proposer. A nous de nous en emparer, d’interpréter formes et couleurs, de déchiffrer l’énigme qu’est toute oeuvre, bien audelà de ce qu’elle exprime ou suggère. Nous aussi, les regardeurs, nous sommes libres de plaquer nos rêves, nos fantasmes, nos désirs sur ce qui nous est montré.
En un temps où il est de bon ton de parler d’ « arts visuels » plutôt que de peinture et de sculpture, Jacki Maréchal se revendique bel et bien, en toute simplicité, de la peinture. Son oeuvre n’est point faite d’ « installations », d’agencements de machines muettes ou sonores, d’objets entassés, mais bien de tableaux, comme au bon vieux temps, qui va de Fra Angelico à Balthus. Il ne faut pas manquer d’audace, assurément, pour recourir à ce procédé ancestral renié par tant d’artistes contemporains.
C’est peut-être de cette façon que l’on peut le mieux dire le monde d’aujourd’hui ; d’ailleurs, Maréchal avoue travailler sur les mirages de l’imaginaire urbain, ces graffitis, ces affiches dont nous sommes submergés. Il entend, selon ses propres termes, « stigmatiser l’ambigu réenchantement du monde par ces images qui mangent le gris des murs ». Par là, il transcende la vulgarité et la laideur de nos rues. Il faut à la fois beaucoup d’humour et de générosité – j’allais écrire de tendresse – pour oser cette réhabilitation.
Jacki Maréchal aime citer le mot de Baudelaire : « le beau est toujours bizarre ». Il va même jusqu’à affirmer que