le beau se doit d’être bizarre et que ce déséquilibre est ce qui lui donne son épaisseur, sa perspective et, pour tout dire, son mystère.
 
C’est Diaguilew, je crois, qui demandait au danseur Nijinsky : « Etonne-moi ». C’est ce que nous attendons des artistes. Nous pouvons demander aux écrivains de nous instruire, de nous éclairer, aux musiciens et aux poètes de nous faire rêver, aux gens de théâtre de nous faire rire ou pleurer, mais j’aime l’idée que nous demandions aux peintres de nous étonner, de nous révéler ce qu’il y a au-delà du miroir, de nous montrer ce que nos pauvres yeux ne peuvent voir par eux-mêmes en déchiffrant la simple réalité.
 
Jacki Maréchal aime son siècle. Animateur culturel pendant longtemps, il se consacre depuis plus de cinq ans à son travail d’artiste. Sans se rattacher expressément à une école, il reconnaît se situer dans le mouvement post-moderniste qui vise à concilier concept et émotion. Il reconnaît l’influence qu’a exercée sur lui le néo-expressionnisme allemand. Il vise à comprendre et à transcrire l’inconscient collectif qui se dégage des rues de nos cités. La sûreté de son trait, sa maîtrise des couleurs, son art de la mise en forme donnent à chacun de ses tableaux sa personnalité propre, qui nous fait aller de surprise en surprise. Art figuratif, abstraction : voilà des catégories dont il s’émancipe, pour notre bonheur.
 
Des expositions dans de nombreux musées et galeries, en France et en Europe, que ce soit en Suisse, en Allemagne, en Espagne, en Hollande ou en Italie font de Jacki Maréchal un grand témoin de notre temps.
 
Pierre Soulages m’a dit un jour : « la peinture, çà ne se regarde pas, çà se fréquente ». C’est bien ainsi qu’il faut voir la peinture de Jacki Maréchal, qui est décidément très fréquentable.
 
Jacques Rigaud
Conseiller d’Etat
Fondateur du musée d'Orsay
Jacques Rigaud
« Le langage nous sauve »Acrylique et huile sur toile 100 x 81
Jacki Maréchal catalogue exposition salles Jean Hélion Issoire
Catalogue 24 pages, quadrichromie, préface de Jacques Rigaud.
Edité par la ville d’Issoire, ISBN 978-2-9539426-0-6.
Disponible à partir d’octobre 2011 Mairie d'Issoire tél. 04 73 89 03 54.
POUR JACKI MARECHAL
&&&
Jacki Maréchal est un homme libre ; toute sa peinture est un hymne à la liberté ; pas seulement la sienne, qu’il exprime sans fard et avec un grand naturel, mais la nôtre, à nous les « regardeurs », comme disait Braque lorsqu’il affirmait que ce sont eux, selon lui, qui « font les tableaux ». Façon de parler, bien sûr, car nous sommes bien en peine, devant une cimaise vide ou une toile vierge, d’imaginer quoi que ce soit ; il faut qu’un créateur, un artiste prenne le risque de nous montrer quelque chose, de nous dire, par des images, ce qu’il a à nous confier. Il lui faut s’exposer, dans tous les sens du terme ; mais ce qu’il expose, il ne fait en réalité que nous le proposer. A nous de nous en emparer, d’interpréter formes et couleurs, de déchiffrer l’énigme qu’est toute oeuvre, bien audelà de ce qu’elle exprime ou suggère. Nous aussi, les regardeurs, nous sommes libres de plaquer nos rêves, nos fantasmes, nos désirs sur ce qui nous est montré.
 
En un temps où il est de bon ton de parler d’ « arts visuels » plutôt que de peinture et de sculpture, Jacki Maréchal se revendique bel et bien, en toute simplicité, de la peinture. Son oeuvre n’est point faite d’ « installations », d’agencements de machines muettes ou sonores, d’objets entassés, mais bien de tableaux, comme au bon vieux temps, qui va de Fra Angelico à Balthus. Il ne faut pas manquer d’audace, assurément, pour recourir à ce procédé ancestral renié par tant d’artistes contemporains.
 
C’est peut-être de cette façon que l’on peut le mieux dire le monde d’aujourd’hui ; d’ailleurs, Maréchal avoue travailler sur les mirages de l’imaginaire urbain, ces graffitis, ces affiches dont nous sommes submergés. Il entend, selon ses propres termes, « stigmatiser l’ambigu réenchantement du monde par ces images qui mangent le gris des murs ». Par là, il transcende la vulgarité et la laideur de nos rues. Il faut à la fois beaucoup d’humour et de générosité – j’allais écrire de tendresse – pour oser cette réhabilitation.
 
Jacki Maréchal aime citer le mot de Baudelaire : « le beau est toujours bizarre ». Il va même jusqu’à affirmer que